
Le cadavre
J’ai lu……………………….Félix Vallotton ………………. d’Eloi Rousseau et de Johann Protais aux éditions Larousse.
Un peintre (ou un sculpteur) se devrait d’avoir une production relativement homogène. Beaucoup se sont affranchis de ce carcan. Même si la majeure partie de son oeuvre l’apparente aux nabis, il y a chez Félix Vallotton volonté d’avoir pour nombre de tableaux un cheminement particulier. Parfois il a l’audace d’anticiper sur les conceptions futures, celles de Tamara de Lempicka dans « femme accroupie offrant du lait à un chat » ou plus encore dans le traitement des chairs ou dans l’apport des ombres dans « la roumaine à la robe rouge », celles aussi de Francis Gruber dans « la malade » où un hyperréalisme baigné dans des tonalités chaudes nous invite à une plongée vers l’univers du peintre nancéien. Félix Vallotton se souvient sans aucun doute du cadrage du Christ mort d’Holbein le jeune quand il peint son « cadavre » en 1894, plagie James Ensor en 1895 en décrivant un « bistrot » ou un groupe de poivrots bruyants et échauffés recouvre un petite toile de 22 cm x 27. Citons encore, au passage des illustrations, Alexandre Cabanel avec « l’enlèvement d’Europe » ou Puvis de Chavannes avec « Persée tuant le dragon ».
Félix Vallotton aurait voulu rendre hommage à la peinture de toutes les époques ou de toutes les écoles qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Mais avait-il conscience de cet hommage ? Et en plus, au risque de nous répéter, il a parfois eu une vision de l’avenir.
…………………………………………………………………………………………………………………..

Château d’Angers. Galerie d’exposition de la tenture de l’Apocalypse.
J’ai vu………………………. la tenture de l’Apocalypse d’Angers, puis j’ai lu ………………. le catalogue de Liliane Delwasse aux éditions du Patrimoine.
Je n’ai plus rien publié depuis presque un an et j’en suis piteux. Indolence plus que manque de temps. Quand on veut, on peut ! Je vais essayer de me rattraper quelque peu avec un article sur la tenture de l’Apocalypse d’Angers.
Il y a au château d’Angers la plus grande tenture jamais tissée en Europe avec une longueur originelle de 140 mètres et une surface de 850 mètres carré. Il n’en reste « que » 104 mètres. Louis Ier d’Anjou passe commande en 1373 d’un « très beau tapis » illustrant le dernier livre de l’Évangile : l’Apocalypse selon Saint-Jean. Dans le langage courant Apocalypse signifie « catastrophe », « fin du monde », mais en grec cela veut dire « révélation ». Il s’agit du combat du bien et du mal, de la lutte entre Dieu et le diable, lutte dont l’humanité est l’enjeu. La tenture de l’Apocalypse, bande dessinée de l’époque, avait pour fonction de réconforter les fidèles découragés, de leur détailler les drames et épreuves auxquels ils avaient et auraient encore à faire face, avant la victoire finale. Une façon de les inciter à tenir bon.
Avec ses couleurs pâlies, effacées par le temps, ses dessins étranges, incompréhensibles aujourd’hui pour les non initiés, ses luttes violentes issues du fond des âges, ses animaux de légende, ses figures inaccessibles et ses personnages allégoriques, la tenture de l’Apocalypse est l’un des plus fabuleux témoignages du passé
Si vous passez par Angers, ne la manquez surtout pas.
………………………………………………………………………………………………………………..
J’ai lu…………………………………………………………..Arshile Gorky, hommage, aux éditions conjointes Fondation Calouste Gulbenkian et Centre Pompidou.
Quel fabulateur cet Arshile. Allez démêler la vérité de la fiction. D’autres, et de plus informés que vous, s’y sont essayés, ses biographes par exemple, et tous ils ont douté. De son vrai nom Vosdanik Manoug Adoian, il échafaude un cousinage avec l’écrivain Maxime Gorki pour se ficeler un pseudonyme ronflant. Il s’invente un maître prestigieux en la personne de Vassily Kandinski. Même sa première épouse ne savait rien de ses origines arméniennes et le croyait simplement originaire du Caucase.
Né en 1904, il a une dizaine d’années lorsque les tumultes de l’Histoire et le génocide des arméniens jette Manoug sur les chemins de l’exil, il fuit Erevan, ville sous protection russe, en compagnie de sa mère et de ses soeurs. Son père a abandonné sa famille et émigré aux Etats-Unis lorsque Manoug avait deux ans, il ne l’a pas connu, ou très peu, ce qui est pareil pour un enfant. En 1919, une épidémie de typhus emporte sa mère. Le futur Gorky liquide cette hideuse existence et s’expatrie en Amérique.
Comment, après une telle enfance, ne pas s’inventer une vie rêvée, piochée dans des chimères. A New-York, il côtoie les plus grands, il se lie d’amitié avec Max Ernst, Marcel Duchamp, André Breton et surtout Willem de Kooning, pour qui il deviendra »l’alchimiste essentiel de sa première période ». Combinant la figuration et l’automatisme gestuel, Gorky peut être considéré à la fois comme le dernier des surréalistes et le premier représentant de l’expressionnisme abstrait.
L’oeuvre que je présente n’est pas la plus caractéristique de son travail, loin s’en faut, mais elle correspond à ce qui fut son histoire, il mit quatorze longues années à se représenter au côté de cette mère aimée, inoubliable, qui lui permit de survivre pour devenir un artiste rare.
Arshile Gorky se supprima le 21 juillet 1948 après la mort de son père, un accident de voiture qui le paralysa d’un bras et le départ de sa seconde épouse avec leurs deux filles.
Destin tragique…
———————————————————————————————————–
J’ai lu…………………………………………………………………..le Cabinet des douze, regards sur les tableaux qui font la France de Laurent Fabius aux éditions Gallimard.
Laurent Fabius n’est pas assurément connu pour ses critiques d’Art, mais il appartient à une dynastie d’antiquaires, et même si, dans son enfance, la fréquentation à haute dose des musées de France et de Navarre le rebuta, il sut, plus tard, en homme de goût, aimer profondément, passionnément, ce dont il s’était écarté.
En douze chapitres, intitulés »le peuple », »la France parlementaire », »les chefs d’Etat » ou »la guerre », il décortique les oeuvres se rapportant à chacun de ces sujets, avec érudition, en parsemant son propos d’exemples allant de Quentin la Tour à Rothko en passant par Watteau ou de Staël. Il est particulièrement pétillant quand il s’entretient de Dominique Ingres et de son monumental portrait en pieds de l’empereur Napoléon Ier, aujourd’hui »placardisé » aux Invalides comme si l’Art et la France en étaient humiliés. La nation française ne cesse de se rassembler autour d’images représentant le pouvoir d’un chef, du Charles VII benêt de Jean Fouquet à l’affiche de campagne de François Hollande montrant un candidat normal, figé dans un sourire normal devant un paysage normal, la route est longue et passe par un empereur mégalomane et pompier. Ingres produit, fait rarissime dans l’histoire de la peinture, le portrait officiel qu’il ne fallait pas réaliser, car disant au peuple l’inaccessibilité du pouvoir absolu.
——————————————————————————————————————
J’ai lu………………………………………………………………Les pleurants des tombeaux des ducs de Bourgogne de Sophie Jugie aux éditions Lannoo.
L’histoire éphémère du duché de Bourgogne est l’un des moments les plus fascinants de l’histoire de l’Europe à la fin du Moyen-Age. De 1363 à 1477, la dynastie des ducs de Valois régna sur la Bourgogne et déploya un luxe remarquable en attirant artistes, musiciens et lettrés. En 1378, Philippe le Hardi acquiert le domaine de Champmol, à l’ouest de Dijon et consacre des sommes considérables à la construction et à la décoration d’une chartreuse qui subsistera jusqu’à la Révolution française.
Comme tout grand prince, Philippe le Hardi se doit de prendre des dispositions pour sa sépulture. Les travaux commencent en 1381 et sont confiés à Jean de Marville et à partir de 1389, à Claus Sluter. En 1404, à la mort du duc, son fils, Jean sans Peur, charge Sluter de finir le tombeau en quatre ans et manifeste sa volonté de se faire édifier une sépulture semblable à celle de feu son père.
Le motif des pleurants dans l’art funéraire n’est pas nouveau, il semble que ce soit au milieu du XIIIème siècle qu’apparaît l’idée de représenter le cortège des funérailles dans toutes ses composantes et dans toute son émotion. Après Claus Sluter, ce sont les sculpteurs Claus de Werve, Jean de la Huerta et Antoine le Moiturier qui oeuvrent sur les drapés et les figures des pleurants.
Pour permettre la restauration du musée des Beaux-Arts de Dijon et faire de cette période un entre-temps international, les trente-neuf pleurants du tombeau de Jean sans Peur ont été présentés entre les années 2010 et 2013 à New-York, Dallas, Los Angeles, Bruges et Berlin. Leur passage au musée de Cluny sera l’ultime étape de la procession des pleurants vers leur quiétude dijonnaise.
————————————————————————–
J’ai vu………………………………………………………………au Petit Palais, l’exposition Jordaens, la Gloire d’Anvers.
Anvers est l’autre centre d’intérêt de cette très plaisante exposition et sans ce remarquable vivier économique, Jordaens n’aurait pu exprimer tout son génie. Il naît en 1593, dans cette ville qui compte à l’époque plus de 100.000 habitants, ce qui en fait, après Paris, la plus grande agglomération de l’Europe du Nord. Bien plus que dans la représentation du sacré ou des mythologies et différemment de sa peinture d’Histoire, Jordaens me touche par ses portraits. Ce genre est pourtant chez lui assez marginal et néanmoins il participe pleinement à la richesse de cette exposition.
Le joueur de cornemuse est, pour moi, une des pièces maîtresses de cette rétrospective. Ce tableau se distingue plus particulièrement par le fait que l’on peut reconnaître le peintre lui-même sous les traits du musicien, il semble plutôt surprenant qu’il se soit représenté jouant de la cornemuse, instrument de musique populaire, situé au plus bas de l’échelle des instruments. Doit-on interpréter cet autoportrait comme une forme d’autodérision, lui qui dans les portraits officiels, comme dans celui du Prado, pose avec son épouse et sa fille, en se représentant avec un luth, instrument plus noble
———————————————————————————
J’ai lu……………………………………………………….Le Christ aux mille visages de Heinrich Pfeiffer aux éditions Nouvelle Cité.
Aucune image, si belle, si incandescente, si pénétrante soit-elle ne pourra égaler et respecter la nature du Christ, image du Dieu invisible. La question théologique de la représentation du divin traverse les trois monothéismes. Seuls le Judaïsme et l’Islam ont perpétué la tradition iconoclaste, la transcendance de Dieu étant au-delà de la figuration illusoire, chimérique et rassurante que l’Homme s’est attaché à créer.
Le chrisme est né d’une volonté de l’empereur Constantin de trouver une représentation du Christ en rupture avec des images associées pour lui au paganisme. Mais très vite, cette représentation symbolique n’a pas répondu aux attentes de l’imaginaire collectif, et dès le début du Vème siècle, sur la porte en bois de l’église Sainte-Sabine de Rome, apparaît ce qui semble être l’exemple le plus ancien illustrant la crucifixion en Occident. A peu près à la même époque, en se méfiant néanmoins des restaurations effectuées au XIXème siècle, une mosaïque de Sainte-Pudentienne, autre église romaine, montre le Christ entouré de ses disciples. Il s’agit là d’un Christ pédagogue à la barbe et à la chevelure imposantes, tel Jupiter représenté par les artistes grecs et romains.
On est persuadé au Moyen-Age que Saint-Luc avait été peintre et avait réalisé des portraits de Jésus, on les recherche. On croit voir dans des images non faites par la main de l’Homme, les images acheiropoïètes, tel le suaire de Turin, une preuve du visage christique. Le roi d’Edesse, Agbar, aurait reçu un portrait du Christ, on ambitionne de le trouver. La »Vera Eikon » est une expression mi-latine, mi-grecque, déformée en Occident sous le nom »Véronique » et signifiant »vrai portrait » du Christ, la tradition voulant qu’une femme s’appelant Véronique ait tendu un linge à Jésus sur le chemin de Croix pour éponger Sa sueur et que le Seigneur y ait laissé Sa trace, on poursuit la quête de ce voile.
Et puis la peste noire déferle sur l’Occident, et avec elle la guerre. Le jugement dernier entre dans l’instant, dans le quotidien effroyable. Le Christ commence à apparaître défiguré par les blessures et par la mort. L’Art met en exergue son abandon par le Père : »Eli ! Eli! Lama Sabacthami ?…Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-Tu abandonné ? ». Grünewald représente un Christ en putréfaction, pantin désarticulé pourrissant sur la Croix ; Holbein le Jeune nous le montre dans son tombeau, raidi, décharné, entrant déjà en décomposition. Le baroque arrive, accompagné de ses conceptions morbides.
Plus tard, bien plus tard, à notre époque, le Christ se »mondialise », Il apparait au milieu des enfants sous le pinceau d’Emil Nolde, en une peinture chaleureuse et éclatante ; il se révèle comme un saint de la tradition taoïste, en pleine harmonie avec la nature, chez Luc Chen. C’est cette quête de la représentation du corps, du visage du Christ à travers les canons et les différents abandons théologiques que poursuit Henrich Pfeiffer, en un travail rigoureux et dense, s’appuyant sur la progression du temps avec ses successives interprétations iconographiques.
————————————————————————
J’ai lu……………………………………………..Passagère du silence de Fabienne Verdier au Livre de Poche.
Au début des années 1980, Fabienne Verdier étudie en Chine. Le vieux maître Huang lui enseigne la calligraphie.
Il lui dit : « Pour trouver l’unité du pinceau, il faut apprendre l’opposition et la complémentarité. Je ne veux pas d’un trait trop souple ou trop enlevé ou trop rugueux ; il doit être preste et retenu ; empreint ni de force ni de mollesse. Il faut allier puissance et délicatesse. La touche ne doit être ni trop légère ni trop lourde. Appuie sur le trait, mais avec un poids plume ; que ton pinceau ne soit ni trop sec ni trop mouillé; que ta touche ne soit pas trop onctueuse. Il faut trouver le juste milieu pour saisir la vie. Tout est dans la juste mesure des oppositions. En Occident, vous aimez les extrêmes : pour vous, le juste milieu est synonyme de fadeur. Pour nous chinois, le juste milieu, c’est épouser la vie, la paix. L’harmonie de la nature est basée sur le juste milieu. »
————————————————————————————-
J’ai vu ………………………………………….Anne Slacik, la Seine était verte à ton bras, à la galerie municipale Julio Gonzales d’Arcueil.
La transparence des eaux est difficilement exprimable en peinture, elle est faite du liquide en lui-même, des diffractions et des chatoiements des objets immergés, des reflets éphémères des substances limitrophes ou lointaines, de l’onde soumise à toutes les lumières. Vermeer ne sortit jamais de son atelier, mais, quand il le quitta, il nous transmit pour l’éternité sa vision de Delft et son immensité réfléchie. A Giverny, au bord de son étang, Claude Monet traqua toutes les variations inconsistantes de l’eau ; chaque parcelle de lumière fut décryptée, analysée. Plus près de nous, Joan Mitchell, dans quelques tableaux, nous convie à cette quête du fluide.
Anne Slacik est de cette veine ; sur de vastes toiles, elle joue avec d’impalpables transparences, des matières veloutées, de discrètes coulures dont la seule suggestion déclenche un monde d’abysses et d’oubli. Sachons se préserver des eaux limpides d’Anne Slacik, mettons-y fugitivement le pied, en ayant soin de le retirer rapidement, car l’abîme, envoutant, nous attirerait irrésistiblement.
—————————————————————————-

L ‘Evangéliaire de Rabula (VIème siècle) – Représentation du Christ debout dans une mandorle portée par les anges.
J’ai lu …………………………………………………….Manuscrits gréco-romains et paléochrétiens aux éditions du Chêne.
L’art paléochrétien est l’art issu des cultures grecques et romaines, il s’étend de la fin du IIème siècle aux invasions barbares du VIème siècle en occident, et aux conquêtes arabes en Syrie, en Egypte et en Afrique du Nord. Si, au milieu du XVème siècle, la découverte de l’imprimerie fut une révolution civilisatrice majeure, celle-ci fut précédée, avec la même intensité, par le passage, vers le IIIème siècle, du volumen, bande enroulée, le plus souvent à base de papyrus, servant de support à un écriture, au codex, livre relié résultant de l’assemblage de manuscrits.
Aux débuts de l’ère chrétienne, les formes d’art de l’ancienne tradition égyptienne sont encore vivaces, elles émanent aussi du monde gréco-romain avec les illustrations de l’Iliade, de l’Odyssée ou de l’Enéïde de Virgile. Cette tradition littéraire et iconographique est peu à peu remplacée par une vision hégémonique de la bible. Vers 700, vient le moment ou la figuration picturale des débuts de l’ère chrétienne entre en conflit avec l’arrivée du Moyen Age. Ce livre nous permet une parfaite connaissance de ce moment de l’histoire de l’Art et nous autorise à penser que l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie, au Ier siècle, a été véritablement une tragédie pour la littérature et les enluminures d’accompagnement.
—————————————————————————————-
J’ai vu………………………………………………….David Daoud, scènes de vie, scènes d’opéra, à la galerie Matthieu Dubuc.
Que font les fantômes de Daoud ? Vivent-ils dans l’univers actuel, crépusculaire, empreint d’errances infernales ou évoluent-ils aux temps bibliques, expiant devant Dieu la faute originelle ? Ils sont parfois dressés, accusateurs et vindicatifs, jugeant l’autre d’un doigt implacable, dans un geste d’une violence qui ne saurait être apaisée, parfois serviles, fuyant éperdument un châtiment éternel, une damnation perpétuelle.
Les couleurs de Daoud participent à la fantasmagorie, elles se répandent en aplats verdâtres, en ombres livides et blêmes qui déversent une lumière ténébreuse, résolument angoissante. Les personnages de cet étrange opéra baroque déambulent dans une architecture qui les écrase, entre des colonnes s’ouvrant sur de vastes espaces où la nature elle-même est tumultueuse. Gageons que si l’artiste apporte, çà et là, le titre « onirisme » à ses oeuvres, cet onirisme provient de l’hallucination bien plus que de la béatitude.
————————————————————————————————————————
J’ai vu……………………………………………..H. Craig Hanna – peintures et dessins à la Laurence Esnol Gallery.
Il subsiste en ce bas monde des artistes contemporains qui possédent le désir de cultiver le dessin, qui affirment leur volonté de figuration, loin des modes, des renoncements, des mépris dictés par le complexe. H. Craig Hanna est de cette espèce en voie de disparition, sa science des corps humains est pleinement accomplie, digne des Maîtres anciens et les allusions critiques à Velasquez ou à Courbet sont suffisamment étayées pour ne pas verser dans la complaisance. Ce classicisme est valorisé par l’innovation technique, H. Craig Hanna peint sur un panneau en bois un fond à l’acrylique et plaque sur ce support une épaisse feuille de perspex ( sorte de plexiglass), qu’il encre sur la face interne. Tout cela produit d’opulentes transparences, de diaphanes puretés en des paysages lumineux et des portraits sensibles et sensitifs. Les visages ont souvent les yeux fermés, expiant une souffrance intérieure que seule une implacable volonté d’isolement permettra de surmonter. Les paupières closes, les personnages de H. Craig Hanna ont la ferme détermination de ne pas se laisser submerger par la détresse, de résister dans l’instant, et d’entrebailler les yeux après la rémission de la tempête. ———————————————————————————
J’ai lu……………………………………………. Giotto ( le renouveau de la peinture) de Norbert Wolf aux éditions Taschen.
Giotto fut un immense précurseur, l’un des plus audacieux de l’art occidental et le sous-titre du livre invoquant le renouveau de la peinture n’est pas usurpé. La légende s’empare très rapidement de Giotto et envisageons comme authentique qu’il peignit sur un tableau de son maître Cimabué, un insecte si fidèle que ce dernier aurait voulu le chasser. Le fondateur de l’histoire de l’art, Giorgio Vasari, le consacre comme le premier peintre moderne. Après des siècles de rigueur figée, il anime les corps, les rend saisissants de vie, en des attitudes d’une époustouflante éloquence, il se démarque des formules stylistiques byzantines pour donner une place éminente au langage des regards. En des raffinements inouis, Giotto conçoit les dégradés les plus subtils, les tons les plus doux avec une prédilection pour la finesse des tissus, la transparence des voiles ou des mèches de cheveux ; il aura toute sa vie associé le merveilleux au quotidien, le familier à la contemplation du céleste. L’architecte Giotto fut aussi remarquable que le peintre et il nous a légué pour l’éternité le campanile de Florence, modèle d’élancement aux fenêtres s’agrandissant d’étage en étage en une délicatesse et une sveltesse aérienne.
———————————————————————————————————————–
J’ai vu…………………………………………. A l’atelier Grognard, à Rueil-Malmaison, l’exposition « les peintres de Pont-Aven autour de Paul Gauguin ».
Il faut dire haut et fort que, bien avant les années 1880, des artistes, français et étrangers, avaient pris possession de ce petit village du Finistère, et que Gauguin, arrivé seulement en 1886, ne parcourut pas en pionnier les pittoresques ruelles de la localité. Mais avouons que le Maître, ayant déserté le bourg pour émigrer en Polynésie, laissa un vide immense, abandonna la tribu à une détresse évidente. On serait en droit d’être sévère et d’affirmer que l’Ecole de Pont-Aven disparaît au moment où Gauguin fait ses valises. Paul Sérusier en est le parfait exemple, voilà un peintre à la palette vive, lumineuse, qu’il exalte dans des compositions somptueuses et luxuriantes ; mais Gauguin le plante et le pauvre Sérusier est tout désemparé, il s’isole dans de sinistres doctrines théosophiques, se complaît dans l’occultisme le plus douteux et les bondieuseries. Et l’humble Ferdinand de Puigaudeau, qui, vivant quelques années auprès de Gauguin, ne put jamais embraser l’étincelle qui lui avait été confié et s’encombra le reste de sa vie de sinistres scènes nocturnes, de couchers de soleil convenus. D’autres, heureusement, tels Emile Bernard ou Maxime Maufra surent subsister dans un monde déserté par le Maître en nous orientant, à partir d’un univers encore visible, vers une émotion subjective, détachée du réel.
—————————————————————————————————————————-
J’ai vu……………………………………..Au Louvre, l’exposition Johann Georg Pinsel, un sculpteur baroque en Ukraine au XVIIIème siècle.
Le petit Johan Georg était probablement d’origine allemande, pays dans lequel »pinsel » signifie pinceau. Doté d’un fort esprit de contradiction, il devint sculpteur. Né en Galicie, région aujourd’hui partagée entre l’Ukraine et la Pologne, il porta haut l’art baroque. Nous ignorons tout de sa vie et son oeuvre ne fut découverte que récemment, elle subit les velléités destructrices des autorités soviétiques qui voulaient effacer toute trace de culture ukrainienne. L’art de Pinsel révèle une grande gestuelle démonstrative, le baroque paraît, si cela est possible, plus tourmenté encore dans l’Europe orientale qu’en occident ; à proximité des marches du monde musulman, il fallait déployer de grandioses scénographies à la gloire de la chrétienté. Pinsel excellait dans les contorsions maniéristes, dans les compositions serpentines où les membres sont écartelés, les corps déséquilibrés. La Vierge de l’église de Hodowica nous ignore, pauvres spectateurs de sa détresse infinie, elle regarde son fils mort, une larme furtive coule sur sa joue, ses lèvres s’entrouvrent sur une douleur muette, loin de l’extase sexuelle que le Bernin donna à sainte Thérèse d’Avila en un baroque occidental fort éloigné de la spiritualité.loin de l’extase sexuelle que le Bernin donna à sainte Thérèse d’Avila en un baroque occidental fort éloigné de la spiritualité.Thérèse d’Avila en un baroque occidental fort éloigné de la spiritualité.
——————————————————————————
J’ai vu………………………………………..au Musée Sainte-Croix de Poitiers, l’exposition Monique Tello : « Chemins primitifs ».
Le titre de l’exposition est parfaitement choisi, « les chemins primitifs » nous font pénétrer dans le monde magique et inquiétant de Monique Tello. Nous progressons sur une sente sinueuse et luxuriante, buissonneuse et tortueuse, nous nous enlisons dans des mousses marécageuses qui sont, simultanément, nos instantanés et nos éternités de vie, nos stagnations, nos errances. Ces courbes du chemin, des chemins, sont nos revirements, nos renoncements, devant lesquels se dresse une silhouette d’arbre infranchissable. Ne serait-ce pas une idée d’arbre, qui, tétanisante, nous obligerait au contournement ? L’univers de Monique Tello est ainsi fait qu’il nous fait vagabonder au gré de ses touches de pinceaux, l’ailleurs est forcément une terre d’asile qui gomme l’affrontement abstraction/figuration. Apprenons à conquérir cet éden que l’on devine sans jamais le rencontrer, là-bas, tout là-bas, au bout du bout d’une toile où le bord n’est jamais le bord. —————————————————————————————————————————-
Peinture de Josef Steib
J’ai vu………………………………………..au Musée d’Art Moderne, l’exposition l’art en guerre : 1938-1947.
Qui connaissait Josef Steib avant la superbe exposition consacrée à l’art en guerre au Musée d’Art Moderne ? Et pourtant quel meilleur exemple de peintre « résistant » que lui. Cet alsacien, dans une Alsace annexée à l’Allemagne nazie à partir de juillet 1940, risqua sa vie en peignant Hitler et ses caciques dans des attitudes grotesques, les comparant à des bêtes immondes. Signalons également Jeanne Bucher, qui, du petit pavillon qui lui sert de galerie, aide les enfants d’exilés et d’internés dans les camps, abrite des activités de résistance et protège les artistes menacés. Les autres, tous les autres, ont démontré que les artistes étaient rarement des héros ; à commencer par Picasso qu’on a tenté de faire passer pour un résistant actif, mais qui a exposé ses oeuvres à Paris pendant toute la guerre et a vendu des tableaux, surtout cubistes, à des prix records au cours d’une vente à Drouot. Matisse a la dignité de s’isoler en zone libre et de travailler loin de l’occupant. Van Dongen, Vlaminck et Derain ont été plus opportunistes, ils ont participé au tristement célèbre voyage en Allemagne de novembre 1941, à l’invitation d’Otto Abetz, ambassadeur d’Allemagne, pour témoigner de la grande tradition culturelle française. L’exposition du M.A.M est riche, parfois confuse, elle décline parfaitement l’approche artistique française entre 1930 et 1950, vingt années qui vont du surréalisme de Max Ernst et Gérard Vulliamy à l’abstraction lyrique de Soulages et Alfred Manessier, vingt ans qui font de Paris un phare de la création.
————————————————————————————————————————
J’ai lu………………… John Christoforou (dessins) / Texte de Jean-Jacques Lévêque aux éditions Somogy.
Il est de tradition que l’on minimise l’auteur du texte d’introduction à l’oeuvre d’un artiste. Cette pratique est légitime, le peintre (ou le sculpteur) doit être le seul sujet du livre et le commentateur n’est plus qu’un faire-valoir. Mais, dans sa présentation des dessins de John Christoforou, louons le travail d’écriture de Jean-Jacques Lévèque, qui, d’une plume-scalpel, détaille parfaitement l’acte rageur de création du peintre. La conscience de la violence est inhérente à l’oeuvre d’art; cette conscience peut être au service de la foi et de la glorification du Sacrifice Suprême en la crucifixion de Grünewald, l’humanisme émergeant dicte à Callot ses « horreurs de la guerre » en des estampes largement diffusées, espérant ainsi porter loin une dénonciation de la guerre de trente ans et de ses misères, l’agression napoléonienne impose à Goya son « Tres de Mayo » et ses « Désastres de la guerre ». D’autres encore… Pensons aux déchirements de Francis Bacon… D’autres encore. John Christoforou est de cette veine, ses tempêtes ne connaissent pas de limites, ses images sont des plus sombres et ses éclats des plus violents. Ses enfantements créateurs émergent sous le signe de la rage, du saccage, la véracité de la nature humaine n’est plus qu’une plaie vive qui entraîne le spectateur dans les affres d’un tourbillon sans fond. Sachons regarder avec lucidité et détermination les réalités humaines quand notre préférence et notre goût du confort nous conduisent vers l’harmonie.
——————————————————————————————————-
Oliveraie du Kroeller-Mueller Museum d’Otterlo
J’ai vu ………………….A la Pinacothèque, l’exposition Hiroshige / Van Gogh.
Soit, Vincent appréciait les estampes japonaises, soit, il avait lu Pierre Loti et « Madame Chrysanthème » lui avait révélé les coutumes quotidiennes du Japon. L’exposition conjointe « Hiroshige – Van Gogh » à la Pinacothèque s’évertue à nous démontrer les rapports étroits qui auraient existé entre l’Art ukiyo-e (mouvement artistique de l’époque Edo) et les toiles des derniers mois de Vincent. Il est assuré que l’observation de ce que Van Gogh appelait »les japonaiseries » ait influencé ses dessins, l’emploi assidu du calame en est la preuve. Mais convenons que cela est beaucoup moins évident pour sa peinture. Son ultime séjour dans le midi, à partir de l’été 1888, a vivifié sa couleur ; comme tant d’autres, il eut la révélation de l’ensoleillement méridional et son inspiration fut infiniment plus dominée par cette lumière nouvellement jaillisante que par sa découverte de l’estampe japonaise. Par ailleurs, louons la Pinacothèque pour son travail d’éclairage et de mise en espace et le Kroeller-Mueller Museum d’Otterlo pour un encadrement uniforme et sobre qui habille chaque oeuvre avec bonheur.
————————————————————————————–
La poétesse / Fresque de Pompéï / Ier siècle après J.C.
J’ai lu……………………….Les regards de l’Image (des origines jusqu’à Byzance) de Roland Tefnin aux éditions de la Martinière.
Roland Tefnin est un merveilleux conteur. Sa mort,en 2006, n’interdit pas qu’on le raconte au présent, on le lui doit. L’ethnologue est passé mais l’écrivain talentueux demeure. Son ouvrage peut sembler austère, il décrit et analyse les évolutions de la représentation humaine, du néolithique à l’Empire byzantin des Comnène et des Paléologue ; avec un minimum de volonté et de concentration on sort du livre bouleversé par tant d’érudition.
Au début était l’image érotisante, celle qui gravée sur les parois des grottes, illustrait de face la mère féconde et de profil le chasseur en rut. En Egypte, la mort est représentée de face et le défunt est guidé dans l’au-delà par Anubis et Horus de profil. Cette tradition iconographique perdure jusqu’aux portraits du Fayoum, jusqu’aux statues funéraires de Palmyre ou le visage du mort est représenté de face. Dans la Rome impériale, la richesse mérite l’image faciale en partie supérieure du bas-relief ou de la statue, la pauvreté, soumise ou quémandeuse, est reléguée vers le bas, de profil toujours. Puis dans la Byzance chrétienne, l’apparence devient apparition et le Pantocrator transfigure la coupole où les apôtres assistent, de profil, à l’Enseignement merveilleux du Christ. Que d’évolutions, que d’avatars pour accéder à la représentation humaine de trois-quarts qui annonce la perspective, à la figuration de dos, invention bouddhique, qui pénètre en Occident lorsque Alexandre le Grand guerroie en Bactriane, aux confins des mondes asiatiques. Des millénaires de représentations profanes et sacrées défilent grâce à Roland Tefnin ; la Vie, l’Amour, la Mort et tout ce qui caractérise l’espèce nous est exposé dans sa magnificence.
——————————————————————————————————–
J’ai vu………………… Au château de Sceaux, « De Paris à Barbizon ». Exposition des estampes d’Auguste Lepère.
A ses débuts, Auguste Lepère, artiste méconnu, évoluait entre deux milieux artistiques différents : d’une part, les illustrateurs de revues et les graveurs, d’autre part, les paysagistes et les peintres de Barbizon, admirateurs de Corot et de Daubigny. Il oriente alors sa carrière vers la gravure, bien lui en a pris. L’introduction de la photographie, technique nouvelle, parfaitement adaptée à l’ornementation de textes, inquiète les illustrateurs-graveurs qui voient leur métier concurrencé. Avec d’autres, Lepère s’insurge, il démontre une maîtrise parfaite de l’estampe sur bois de fil et imprime à l’eau, sur papier japon pelure, des bois de couleurs. Il incite ainsi de nombreux éditeurs à s’intéresser à son travail. A travers trois thèmes, les vues de Paris, la forêt de Fontainebleau et les fortifications, un hommage particulier lui est rendu aujourd’hui.
————————————————————————————————————-
Le vase de Germanus
J’ai lu ……………..La Gaufresenque (Céramiques gallo-romaines) de Alain Vernhet aux éditions du Beffroi.
La Graufesenque est un quartier de Millau qui abrita, il y a deux millénaires, une très imposante production de céramiques sigillées. De 10 avant J.C à environ 150 après J.C., plusieurs dizaines de millions de plats, d’amphores, d’assiettes, de gobelets sortirent des ateliers des potiers locaux. Ces céramiques furent vendues à travers toute la Gaule, jusqu’à la péninsule ibérique et l’Italie, la Grèce et l’Afrique du nord. Cette entreprise collective connut le destin que subit toute activité humaine, de noble facture à ses débuts, elle dut faire face à des cadences de production toujours plus intenses qui virent disparaître la qualité au profit de la quantité. Au milieu du IIème siècle, la céramique de la Graufesenque disparut, supplantée par celles d’autres bassins de production. Il nous reste aujourd’hui les noms d’un grand nombre de ces potiers, puisqu’ils vivent encore grâce à leurs estampilles et leurs marques sur la vaisselle produite. Ayons aujourd’hui encore, une pensée pour Lupus, Germanus ou Crucuro.
———————————————————————————————–
J’ai vu……………….Au Musée Sainte-Croix de Poitiers le portrait de la mère de l’artiste de Carolus-Duran.
Carolus-Duran n’est pas, aujourd’hui, agréé par la critique. Le fût-il jamais ? Déjà Pissarro lui reprochait de ne pas utiliser sa technique et son talent de façon plus avantageuse et de ne consacrer son art qu’aux portraits rémunérateurs. Je veux défendre Carolus-Duran. Le musée Sainte-Croix de Poitiers nous présente le portrait d’une mère, de sa mère, au regard inquisiteur et déstabilisant ! Sévère, il nous interroge… Son oeil, dans l’instant, a dépassé cette interrogation que déjà il nous juge, il fouille au plus profond de notre âme, il nous démasque. La nuque est très légèrement penchée vers l’arrière, les prunelles, d’un gris-vert maritime, nous invitent à une confession immédiate et profonde, mais l’on sait d’avance qu’aucun acte de contrition ne sera salvateur, que la sentence sera définitive. On baisse les yeux, notre enfance revient à grandes enjambées et avec elle, notre timidité et notre soumission. Pardon, Madame… Oui, j’ai dérobé un bonbon, j’ai piétiné les plates-bandes du jardin, j’ai taché mon nouveau pantalon… Carolus-Duran nous révèle avec talent qu’avec une telle mère, il ne pouvait pas, tels les impressionnistes, conquérir la lumière. Que Pissarro lui pardonne.
———————————————————————–
J’ai lu…………..La fabrique du Titre (nommer les oeuvres d’art) aux éditions du C.N.R.S.
C’est un ouvrage collectif, austère et rigoureux, que les éditions du C.N.R.S. viennent de publier. Une petite vingtaine d’essayistes et d’historiens de l’Art ont conjugué leurs efforts pour analyser l’Histoire et les histoires des titres accompagnant les oeuvres d’art. De Rodin qui donnait toujours raison au dernier de ses interlocuteurs – Oh Apollon ! – C’est vrai, assurait Rodin et il écrivait Apollon – Ne serait-ce pas plutôt Atlas ? – Evidemment ! rétorquait Rodin, à Gauguin et ses titres en langage maori, souvent interrogatifs : »Te tiai na oe ite rata ? ». D’Alechinsky puisant dans Nabokov et Lewis Caroll son inspiration, à Louise Bourgeois, toujours simplicimement freudienne intitulant son oeuvre »destruction of father » en passant par les partisans du »sans-titre », car ne pas titrer » c’est laisser le tableau ou la sculpture agir sur le spectateur par la seule plénitude de ses vertus picturales et plastiques ». Un livre plein, souvent passionnant, parfois suffisant et vide, (inénarrable article sur les »actions » de Gina Page), où nous débusquons au hasard des pages, Manet, Courbet, Cy Twombly, Fred Deux… Lisez »La fabrique du Titre », en ayant toujours à l’esprit, que, bien-sur, »ceci n’est pas une pipe ».
————————————————————————————————–
J’ai vu……….Le Trésor de la cathédrale d’Aachen.
« J’ai vu, à cette occasion, toutes sortes de somptueuses raretés. Personne, chez nous, n’a jamais vu choses plus somptueuses ». Ainsi s’exprimait Albrecht Dürer lorsqu’il assista, en 1520, à Aix-la-Chapelle (Aachen en Allemagne), au couronnement de l’Empereur Charles-Quint. Ces « somptueuses raretés » ont été conservées dans la cathédrale d’Aachen et son Trésor est considéré comme le trésor ecclésiastique le plus important au Nord des Alpes. Aix-la-Chapelle, ville d’eau depuis l’antiquité, fut, pour cette raison, choisie comme capitale de l’empire carolingien et devint la cité du sacre des empereurs germaniques. C’est pourquoi on y trouve les reliques de Charlemagne, emblème de la dynastie. En un XIIIème siècle où le spirituel est soumis au politique, Charlemagne fut canonisé et les reliques supposées du nouveau saint offertes à la dévotion populaire. On peut donc voir, entre autres merveilles, à Aachen, la châsse abritant les supposés ossements de l’empereur, un bras-reliquaire et un buste censés, l’un et l’autre, enfermer ses restes. De Charlemagne à Charles-Quint, admirons cette civilisation, qui, dans la candeur de ses croyances, nous a légué pareilles beautés.
——————————————————————————————
Pâmoison de la Vierge / Abbatiale de Saint-Mihiel
J’ai lu ……….Ligier Richier, sculpteur lorrain de Catherine Bourdieu aux Editions Citédis. Il y a dans les oeuvres de Ligier Richier une attache tenue avec l’art du gothique finissant. La Lorraine, dont Richier est natif, est liée, ne serait-ce que géographiquement, à l’art rhénan et subit avec méfiance les influences de la Renaissance italienne. On sait peu de choses sur ce sculpteur, la connaissance de son oeuvre se fait avec tâtonnements et pourtant cet artiste développe une puissance majeure et mériterait une découverte complète qui le mènerait à la pleine lumière qu’il mérite. Ses scènes, toutes religieuses, sont l’exacte équidistance entre les codifications austères du Roman oublié et les futures démesures outrancières du Baroque. Il accompagne la Passion du Christ par un art affleurant toujours au pathétique, ses Mises au tombeau ne sont jamais ostentatoires, ses Pâmoisons de la Vierge évitent l’exaltation et que de vérités accablantes dans des Crucifixions toujours cantonnées en une Lorraine nourricière qu’il aima suffisamment pour y lier sa vie et son Art.
—————————————————————————————
J’ai vu…….L’exposition »Modigliani, Soutine et l’aventure de Montparnasse » à la Pinacothèque.
Pathétique histoire que celle de Jeanne. Un triste petit tableau de Jeanne Hébuterne est exposé dans la superbe collection de ce découvreur de talents qu’était Jonas Netter ; comme si, aujourd’hui encore, elle devait mendier son appelation de peintre. Le martyre et la passion de Jeanne s’appelle Modigliani, elle l’a renconté à l’Académie Colarossi, en mars 1917. Elle est gentille, timide, silencieuse, délicate. Elle apaise le tumultueux Amadeo. Très vite le couple part dans le midi. Fruit de leurs amours, une petite fille naît à Nice en 1918. Mais le père de Jeanne est intransigeant ; homme cultivé, féru de littérature du XVIIème siècle, aux moeurs austères, il voit d’un très mauvais oeil la relation de sa fille avec un peintre juif, alcoolique et drogué. Modigliani se détruit, son état de santé ne cesse de se dégrader et, revenu à Paris, il meurt le 24 janvier 1920 d’une méningite tuberculeuse. Les parents de Jeanne refusent d’honorer sa dépouille. Le lendemain de la mort d’Amadeo, échappant à la vigilance de ses proches, Jeanne se défenestre du 5ème étage… Elle était enceinte. 24 ans après le drame, on découvrit 9 tableaux de Jeanne Hébuterne dans une cave.
—————————————————————————————————-

J’ai lu…….Yves Rouvre de Jean Leymarie aux Editions du Cercle d’Art
Son pseudonyme, il l’a choisi pour affirmer son amour du monde végétal. Rouvre est un vieux synonyme du chêne, le roi des arbres. Ami de Tal Coat et de Bazaine, Rouvre est le peintre de la fluidité. Ses feuillages sont liquides, ses rochers se mirent inlassablement dans une eau toujours présente, l’herbe est grasse et la terre spongieuse, sous une canopée moite, enfermant pour toujours l’humidité. J’aime ces huiles et ces aquarelles, à la limite de l’abstraction, qui nous invitent à l’imagination, écartant toute description destructrice de rêves. Je marche seul dans la forêt, les feuilles craquent, le soleil perce, parfois difficilement, la voute des branchages; je suis apaisé…Yves Rouvre m’accompagne.
———————————————————————————————–
Le lyrique Mathieu s’abstrait.Mes vingt ans s’ennuyaient ferme face à Warhol et à Lichtenstein et je ne voyais dans leurs oeuvres que les innombrables Marilyn et les sempiternelles bulles de bandes dessinées. J’ai découvert depuis que leur art était une critique féroce de la société de consommation. Ah bon ? Ils ont fait don de leur immense fortune aux oeuvres ? Par contre, Mathieu m’enthousiasmait et je courais ses expositions, même s’il était éminemment mondain, même si son vrai nom était Georges Victor Mathieu d’Escaudoeuvres, même s’il était la représentation la plus aboutie de l’art officiel pompidolien. Le Pop Art est resté, Mathieu est oublié. Mais aujourd’hui je n’ai pas varié, je prends Mathieu pour un peintre de grand talent et les autres pour d’excellents commerciaux. Georges, vous permettez que je dise Georges, merci pour mes vingt ans.
—————————————————————————————————-
J’ai vu……….Au Louvre, les deux Bethsabée, de Rembrandt et de Drost.
C’est pratique d’être roi. On peut faire ce qu’on veut… Par exemple, prenez le roi David… Il a aperçu Bethsabée prenant son bain et, depuis, il en est amoureux. Seulement elle est mariée à Urie le hittite, son officier. Facile… le roi David envoie Urie à la mort et comme il sait être gentleman, il fait porter une lettre à sa belle qui découvre que le roi l’a vue, qu’elle lui a plu et que par chance , il l’a aidé à devenir veuve. Mettez-vous à la place de Bethsabée, elle est toute chamboulée. Rembrandt et son élève, Willem Drost, ont chacun peint une Bethsabée. Les deux toiles, de format similaire, se trouvent dans la même salle du Louvre. Chacune des Bethsabée tient à la main la lettre fatale, le regard perdu , en un éloignement accablé. Le regard , de l’une comme de l’autre, est vide, éteint en un instant sur une vie qui s’arrête. Ce qu’elles font, en ce moment précis où la lettre est reçue leur importe peu et leur chair livide pour l’éternité ne mérite même plus la blancheur éclatante des linges qui les entourent.
————————————————————————————————–
J’ai lu……..Andréa Mantegna et la Renaissance italienne de Joseph Manca aux Editions Packstone International
Il n’était pas facile Mantegna. Vous savez le genre de type qui attrape facilement la grosse tête, nous en connaissons tous un. Il était ainsi fait Monsieur Mantegna. Il faut dire qu’il avait su séduire, par son immense talent, la famille Gonzague qui détenait le duché de Mantoue. On lui confia la décoration des pièces du palais ducal, et en particulier la renommée Chambre des Epoux. Lui, savait entretenir ses amitiés, en offrant, aux V.I.P. d’alors, des peintures et des estampes, genre qui contribua à établir sa célébrité européenne. Mais pourquoi donc les musées anglais sont-ils si riches en Mantegna ? A l’Hampton Court Palace, au British Museum. Grandeur et servitude de la famille Gonzague qui a bradé les bijoux de famille ? Retenons de Mantegna le Christ mort. Un raccourci révolutionnaire, qui anticipe la célèbre crucifixion de Dali et qui jongle avec le visage du Christ, démesuré, pour susciter une forte compassion.























